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Full text of "L'esprit de M. de Talleyrand : anecdotes et bons mots"

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UBRARY ofthe 

UNIVERSITY OF TORONTO 

hy 

Mrs. Anita Dupr^ 



LOUIS THOMAS 



L'ESPRIT 



DE MONSIEUR 



DE TALLEYRAND 



\-. 




PARIS 
LES BIBLIOPHILES FANTAISISTES 

DORE ON AÎNÉ 

53^^^, Quai des Grands - Augustins 
1909 



/ 



L'ESPRIT 

DE 

M. DE TALLEYRAND 



PUBLIÉS PAR LE MÊME : 

LES DERNIÈRES LEÇONS DE MARCEL SCHW03 
SUR FRANÇOIS VILLON 

CHATEAUBRIAND Lettres à Sainte-Beuve. 




M. DE Talleyrand 

Buste I'ar Dantan (Musée Carnavalet). 



L'ESPRIT 



DE 



M. DE TALLEYRAND 



ANECDOTES ET BONS MOTS 

RECUEILLIS PAR 

Louis Thomas 




PARIS 

LES BIBLIOPHILES FANTAISISTES 

1909 



\ 



Ce volume a été tiré à 
cinq cents exemplaires 
numérotés à la presse. 

Justification du tirage : 

4ii 















DÉDICACE 



DÉDICACE 



Si l'on veut bien admettre que j'aie quelques 
droits sur ce volume, je me croirai tenu de le 
dédier à Leurs Excellences Messieurs les Ministres 
des Affaires Etrangères passés, présents et à 
venir de la troisième République Française, qui 
semblent quelquefois n'avoir de commun avec 
M. de Talleyrand, que la dignité dont ils sont, 
tout à fait provisoirement, revêtus. 

T. 



PRÉFACE 



PRÉFACE 



Je réunis ici quelques anecdotes sur M. de Talley- 
rand, et les mots qui sont venus jusqu'à nous de cet 
esprit rare, à qui les gens moraux ont fait une réputation 
fâcheuse, quoique, en qualité de ministre des affaires 
étrangères et d'envoyé diplomatique, il ait plus fait 
pour notre pays que cinquante généraux et qu'un 
millier de prédicants. 

L'on trouvera ici tout ce qui m'a semblé spirituel ou 
révélateur, touchant le caractère de M. de Talleyrand 
et l'opinion qu'avaient de lui ses contemporains. Je ne 
prétends pas que tout cela ait été dit : chacun sait que 
la valeur principale des anecdotes consiste, non en ce 
qu'elles sont vraies, mais en ce qu'elles s'accordent 
parfaitement avec le caractère des personnes à qui elles 
sont attribuées. 

Or, rien qui ne soit possible avec un homme 
comme M. de Talleyrand ; des natures aussi souples 
sont, de même que la réalité, impénétrables et multiples. 



14 

Cependant je voudrais qu'il me fût permis de 
manifester en peu de mots l'admiration que l'on prend 
pour une si merveilleuse intelligence, à la voir se 
montrer en tant d'occasions. M. de Talleyrand ne fut 
pas un Socrate, ni un Brutus ; mais il n'est pas besoin 
de Socrates ni de Brutus dans une société policée ; ce 
fut, pendant une longue carrière, l'esprit le plus sage, 
le plus avisé, le plus prompt à deviner, dans les hommes 
ou les événements qui passaient devant lui, les causes 
de faiblesse ou de grandeur, et à saisir ce qui allait 
être demain, pour les nations et les trônes, la victoire 
ou la ruine. Cela est beaucoup. 

Je laisse à quelques pédants le soin de dire, de 
répéter, que toutes les actions de M. de Talleyrand ne 
furent pas inspirées par les dogmes de la morale : 
cela fait partie d'une philosophie devant laquelle je ne 
saurais me courber. Cependant, lorsque dans un état, 
on voit depuis cent ans la folie chrétienne et la sotte 
logique se disputer le soin de conduire une nation à 
sa ruine, il serait peut-être plus sage de revenir à ces 
principes réalistes qui firent de nous les maîtres de 
l'Europe pendant des années, pendant des siècles 
même. A examiner froidement les choses, la raison 
d'état excuse, que dis-je, elle commande des actes 
qui peuvent blesser une conscience timorée ou abrutie; 
et les sages, ne s'écoutant point, obéissent à cette 
nécessité supérieure. Les habiles sont ceux qui ont 
l'art d'accorder leur ambition personnelle avec le bien 
de l'état. C'est ce que fit M. de Talleyrand; c'est ce 
qu'ont omis de faire les panamistes, les actionnaires 
de chemin de fer de Bagdad, et. pour parler net, toute 
la racaille parlementaire dont l'impéritie, l'avidité et 



15 

la sottise nous ont réduit à n'être plus qu'une nation 
secondaire dans le monde. 

Il me semble impossible que les esprits pondérés 
ne soient pas avec moi : le malheur est que les plus 
énergiques se sont faits les clients de ce gouvernement 
de marauds, et que les autres ne savent pas trouver 
en eux-mêmes l'audace suffisante pour lui allonger 
un coup de pied quelque part. 



L'ESPRIT DE M. de TALLEYRAND 



19 



M. de Talleyrand, il le disait lui-même, « n'avait 
jamais couché sous le même toit que ses père et mère ». 



II 



M. de Talleyrand fit de fortes études théologiques 
à Sâint-Sulpice et en Sorbonne. Plus tard, il aimait 
à dire que c'était à la théologie qu'il devait cette saga- 
cité instinctive, cette mesure d'esprit et d'expression 
qui l'avaient fait remarquer dans les grandes affaires. 



III 



M. de Talleyrand, qui n'était encore que petit abbé, 
fut invité à un dîner où il ne connaissait personne ; 
au moment de passer à table, une des invitées arriva 
en retard. Comme elle entrait et qu'on lui présentait 
diverses personnes, M. de Talleyrand fit : «Ah ! ah ! » 



20 



A table, il ne dit mot, mais dans la soirée, la dame 
s'approcha de lui et lui demanda pourquoi, à sa vue, 
il avait dit : « Ah ! ah ! » 

M. de Talleyrand la regarda de son air le plus fin 
et le plus impertinent et lui répondit : 

— Je n'ai pas dit: « Ah! ah! » madame; j'ai fait: 
« Oh ! oh ! » 

Ce fut sur ce mot que commença à s'établir sa 
réputation d'homme d'esprit. 



IV 



Un jour, à la toilette de Madame du Barry, 
chacun des assistants racontait ses prouesses galantes. 

L'abbé de Périgord, qui aurait pu présenter une 
liste comparable à celle de don Juan, se taisait ; mais 
il laissait errer sur ses lèvres un sourire malin. 

Madame du Barry, le voyant ainsi, lui demanda à 
quoi il songeait. 

« Hélas, madame, répondit M. de Talleyrand d'un 
air paterne, je faisais une réflexion bien triste, 

— Et laquelle? 

— Ah! madame, Paris est une ville dans laquelle 
il est bien plus aisé d'avoir des femmes que des 
abbayes. » 

Le mot, rapporté à Louis XV, lui plut singulière- 
ment, et Sa Majesté trouva que ce n'était pas trop de 
deux abbayes pour en récompenser l'auteur. 



21 



Rhulières se plaignait dans un souper de ceux qui 
voulaient le faire passer pour méchant. 

« Sur mon honneur ! disait-il, je suis le meilleur 
homme du monde. J'ai beau fouiller dans ma conscience, 
je n'y trouve, dans toute ma vie, qu'une seule 
méchanceté. 

— Quand finira-t-e!le? demanda M. de Talleyrand. 



VI 



On parlait de Leibnitz à M. de Talleyrand. 
Il répondit : 

« Un homme qui excelle à mettre de l'encre noire 
sur du drap noir. » 



VII 



M. de Talleyrand faisant sa cour à une dame, 
l'assaillait de ses épîtres; elle les lui renvoya, disant 
que ces papiers n'étaient bons qu'à lui servir de 
torche-culs. 



22 



Il les retourna en y joignant ce quatrain 

Petits papiers, je vous envie, 
Allez, suivez votre destin, 
Mais en passant, je vous en prie, 
Annoncez-moi chez le voisin. 



VIII 



Lorsque l'Assemblée des notables fut décidée, la 
cour chercha à s'assurer l'abbé de Périgord qui, par 
sa naissance, semblait devoir se ranger parmi les 
défenseurs de la couronne. 

On raconte qu'à l'une des réunions, le comte 
d'Artois s'étant approché de l'abbé, lui demanda des 
conseils. 

« Il faudrait sacrifier deux têtes, répondit le notable 
interpellé... deux, pas plus... Plus tard il en faudra bien 
davantage. 

— Et lesquelles? 

— La tête du duc d'Orléans et celle de Mirabeau. 

— Je pense comme vous; mais jamais mon frère 
n'y consentira. 

— En êtes-vous sûr, monseigneur? 

— Trop sûr. 

— En ce cas, dit M. de Talleyrand, je passe de 
l'autre côté. » 



23 



IX 



Madame de Staël, qui partageait avec Madame de 
Flahaut les préférences de M. de Talleyrand, voulut 
un jour savoir de celui-ci laquelle des deux il aimait 
le mieux. Madame de Staël insistait beaucoup sans 
pouvoir obliger le galant abbé à se prononcer. 

« Avouez, lui dit-elle, que, si nous tombions toutes 
deux ensemble dans la rivière, je ne serais pas la 
première que vous songeriez à sauver ? 

— Ma foi, madame, c'est possible, vous avez l'air 
de savoir mieux nager. » 



X 



Dans une des premières séances de l'Assemblée 
constituante, comme il s'agissait d'élire le président, 
M. de Mirabeau demanda la parole pour indiquer à ses 
collègues les conditions de caractère et de talent qu'ils 
devaient chercher dans celui qui serait appelé par l'élec- 
tion à l'honneur de présider l'Assemblée. Il entra dans 
rénumération des qualités avec un détail de circons- 
tances tel qu'il n'était pas possible de ne pas reconnaître 
l'orateur lui-même dans l'idéal qu'il présentait d'un 
président accompli. 

M. de Talleyrand, craignant qu'une partie de 
l'Assemblée n'eût pas suffisamment compris, ajouta 



24 



de manière à être entendu de ceux qui l'entouraient ; 
« Il ne manque qu'un trait à ce que vient de dire M. de 
Mirabeau ; c'est que le président doit être marqué de la 
petite vérole. » 



XI 



Lorsqu'il fut nommé évêque d'Autun, en 1789, 
M. de Talleyrand commanda un superbe carrosse épis- 
copal qui lui faisait grand honneur. Mais, déjà criblé 
de dettes, il ne le paya point. Après avoir longtemps 
attendu, le carrossier prit le parti de se tenir tous les 
jours à la porte de l'hôtel de Monseigneur, le chapeau 
à la main et saluant très bas lorsque l'évêque montait 
en voiture. Après quelques jours, M. de Talleyrand 
intrigué lui demanda : 

« Et qui êtes vous, mon ami ? 

— Je suis votre carrossier, Monseigneur. 

— Ah ! vous êtes mon carrossier. Et que voulez- 
vous, mon carrossier ? 

— Etre payé. Monseigneur... 

— Ah! vous êtes mon carrossier et vous voulez 
être payé... Vous serez payé, mon carrossier. 

— Et quand, Monseigneur? 

— Hum! murmura l'évêque, s'établissant confor- 
tablement dans son caiTosse neuf... Vous êtes bien 
curieux. » 



25 



XII 



Un jour, à l'Assemblée constituante, M. de Talley- 
rand réfutait un discours de Mirabeau... Celui-ci s'écria: 

« Attendez ! je vais vous enfermer dans un cercle 
vicieux. 

— Vous voulez donc m'embrasser! » repartit 
M. de Talleyrand. 



XIII 



Du temps où M. de Talleyrand était évêque d'Au- 
tun, son intendant se présenta un jour devant lui, et 
lui dit : « Monseigneur, voilà quinze jours que l'argent 
me manque. 

— Ah! et comment as-tu fait? 

— J'ai fait de mon mieux. 

— C'est très bien, fais encore de même. » 



XIV 



Le 14 juillet 1790, montant à l'autel pour célébrer 
la messe à la fête de la Fédération, M. de Talleyrand 
se pencha vers La Fayette, et lui dit tout bas : 

« Vous savez, vous... Ne me faites pas rire. » 



26 



XV 



Après le vote de la Constitution civile du clergé, 
M. de Talleyrand écrivait à sa maîtresse, Madame de 
Flahaut: «...Après tous les serments que nous avons 
faits et rompus, après avoir tant de fois juré fidélité 
à la constitution, à la nature, à la loi, au roi, toutes 
choses qui n'existent plus que de nom, qu'est-ce qu'un 
nouveau serment signifie ?... » 



XVI 



Le 10 août 1792, en sa qualité de membre influent 
du directoire de la Seine, avec Roederer, procureur- 
syndic de la Commune, M. de Talleyrand accompagna 
Louis XVI lorsque le roi quitta les Tuileries pour se 
rendre au milieu des députés de l'Assemblée législative. 

Vergniaud présidait la séance. M. de Talleyrand 
lui fit passer ces mots écrits au crayon : « Il faut le 
suspendre de toutes ses fonctions et l'envoyer à la 
Tour du Temple. » 

Vergniaud fit un signe affirmatif et renvoya à 
M. de Talleyrand son billet avec cette réponse : « C'est 
chose convenue ! » 



n 



XVII 

M. de Talleyrand ayant prêté serment à la consti- 
tution civile du clergé, fut excommunié par le pape. 

Le soir où il l'apprit, M. de Talleyrand écrivit à 
Madame de Flahaut: « Ma chère amie, c'est aujour- 
d'hui que la bulle du Pape me voue à l'esprit des 
ténèbres; j'irai souper ce soir avec vous; le diable, en 
me voyant dans la compagnie d'un ange, n'osera pas 
m'emporter, quand même j'aiderais à ma damnation... 
Bonjour, brûlez ce billet. » 

En même temps l'excommunié écrivit au duc de 
Lauzun (Biron): «Vous savez la nouvelle, l'excommuni- 
cation ; venez demain me consoler et souper avec moi. 
Tout le monde va me refuser le feu et l'eau; aussi nous 
n'aurons ce soir que des viandes glacées et nous ne 
boirons que du vin frappé. » 



XVIII 



M. de Talleyrand, envoyé en 1792 à Londres, fut 
reçu très froidement par Georges III lorsqu'il se pré- 
senta à son grand lever, et la reine lui tourna le dos 
avec dédain. 

« Elle a bien fait, dit M. de Talleyrand à M. de 
Biron qui l'avait accompagné, car Sa Majesté est fort 
laide. » 



28 



XIX 



Pendant l'émigration, dans les couloirs d'un théâtre, 
quelqu'un examinait M. de Talleyrand avec une curio- 
sité à peine polie. A la fin, M. de Talleyrand, impatienté, 
lui en demanda la raison. 

« Cela vous gêne, monsieur, dit le quidam, nar- 
quois; un chien peut bien regarder un évêque. 

— Comment savez-vous que je suis évêque? » 
riposta M. de Talleyrand. 



XX 



Lorsque le Consulat fut formé et son personnel 
nommé, M. de Talleyrand proposait à ceux qui trou- 
vaient la formule de citoyen premier consul, citoyen 
second et citoyen troisième consul trop longue, de l'abré- 
ger par ces trois mots latins, hic, haec, hoc. 

M. de Montrond achevait sa pensée, en ajoutant 
hic pour le masculin, haec pour le féminin, hoc pour 
le neutre, faisant allusion au rôle que chacun des per- 
sonnages. Napoléon, Cambacérès et Lebrun, pouvait 
jouer dans cette trinité du pouvoir. 



29 



XXI 



On parlait de l'esprit profond de Sieyès. 
« Profond ? s'écria M. de Talleyrand ; vous voulez 
dire creux. » 



XXII 

Un jour où M. de Talleyrand avait décoiffé Ida 
Saint-Elme, le ministre prit une à une les boucles de 
la jeune femme, et les roulant dans des billets de mille 
francs en guise de papillotes, se mit à la recoiffer. 

Ida Saint-Elme s'apercevant du manège, prenait 
ses boucles une à une et les lui présentait en disant : 
« Monseigneur, en voilà encore une. » 



XXIII 

M. de Fontanes parlait à M. de Talleyrand des 
Martyrs et de Cymodocée et d'Eudore dévorés par 
les bêtes. 

« Comme l'ouvrage ! » fit M. de Talleyrand. 



30 



XXIV 

Madame Liichesini, femme de l'ambassadeur de 
Prusse, qui avait la réputation d'être belle, nonobstant 
ses formes athlétiques, fut présentée à M. de Tal- 
leyrand. 

On lui demanda, après, comment il la trouvait: 
« Bien, répondit-il; mais nous avons mieux que 
cela dans la garde du premier consul. » 



XXV 

A table, un jeune homme placé entre Madame de 
Staël et Madame Récamier, eut l'idée singulière de dire : 

« Je suis entre l'esprit et la beauté. 

— Oui, fit M. de Talleyrand, sans posséder l'un ni 
l'autre. » 



XXVI 



Il dit un jour : « La plupart des jolies femmes 
perdent à se laisser connaître ce qu'elles gagnent à 
se faire voir. » 



31 



XXVII 

Bonaparte, alors Premier Consul, ayant chargé 
Roederer de rédiger un projet de Constitution pour 
la République cisalpine, Roederer présenta deux projets, 
l'un, fort court, qui se bornait à l'établissement des 
pouvoirs, l'autre, mêlé de dispositions qui pouvaient 
tout aussi bien être laissées au pouvoir législatif. 

En remettant ces projets à M. de Talleyrand, 
Roederer le pria de conseiller au Premier Consul de 
prendre la première: « Il faut, disait-il, qu'une Consti- 
tution soit courte et... » Il allait ajouter « claire » 
M. de Talleyrand l'interrompit: 

« Oui, courte et obscure. » 



XXVIII 

Après la suppression du duc d'Enghien, M. de 
Talleyrand répondit à un ami qui lui conseillait de 
donner sa démission : « Si, comme vous le dites, Bona- 
parte s'est rendu coupable d'un crime, ce n'est pas 
une raison pour que je me rende coupable d'une 
sottise. » 



32 



XXIX 



M. de Talleyrand disait de ce même fait historique 
« C'est pire qu'un crime, c'est une faute. » 



XXX 

Un ami de M. de Talleyrand lui demandait, dans 
le secret de l'intimité, comment Madame Grand, avec 
toute sa bêtise, avait pu le subjuguer. 

— Que voulez-vous, répondit-il, madame de Staël 
m'avait tellement fatigué de l'esprit, que j'ai cru ne 
pouvoir jamais donner assez dans l'excès contraire.» 



XXXI 

M. de Talleyrand disait encore, à propos de sa 
femme : « Un homme d'esprit devrait toujours épouser 
une sotte, car les bêtises d'une sotte ne compromettent 
qu'elle et celles d'une femme intelligente compro- 
mettent son mari. » 



33 



XXXII 



M. de Talleyrand ayant envoyé chercher M***, 
célèbre financier-munitionnaire, on vint lui dire qu'il 
était allé prendre les eaux de Barrèges. 

« Je le reconnais bien là! s'écria le ministre, il 
faut toujours qu'il prenne quelque chose. » 



XXXIIi 



Lorsque M. de Talleyrand présenta sa femme à 
l'empereur, celui-ci lui dit, avec sa rapidité ordinaire, 
qu'il espérait que sa conduite, à l'avenir, serait telle 
qu'il convenait à son nouveau rang. 

M. de Talleyrand répondit pour elle que Madame 
de Talleyrand s'efforcerait de régler en tout sa 
conduite sur celle de Sa Majesté l'Impératrice. 



34 



XXXIV 

« Monsieur de Talleyrand, lui disait un jour 
Napoléon, on prétend que vous êtes fort riche. 

— Oui, Sire. 

— Mais extrêmement riche. 

— Oui, Sire. 

— Comment donc avez-vous fait? Vous étiez loin 
de l'être à votre retour d'Amérique. 

— Il est vrai, Sire; mais j'ai acheté, la veille du 
18 brumaire, tous les fonds publics que j'ai trouvés 
sur la place, et je les ai revendus le lendemain. » 



XXXV 



L'Empereur plaisantait M. de Talleyrand sur une 
bévue de sa femme: 

« Soit, dit celui-ci, c'est la plus bête que j'ai pu 
trouver. » 



35 



XXXVI 

Regnault, député de la ville de Saint-Jean d'Angély, 
était de ceux qui couraient le plus après les nouveaux 
titres que semait Napoléon. 

Il laissa paraître devant M. de Talleyrand la joie 
qu'il éprouvait d'être tout récemment nommé comte 
(il se faisait dès lors appeler le comte Regnault de 
Saint-Jean d'Angély) ; il en vint même à dire qu'il 
lui serait facile, s'il ne dédaignait cela, d'établir, malgré 
la différence d'orthographe des noms, qu'il descendait 
des Renaud de Montauban. 

« Mais c'est bien possible, interrompit M. de Talley- 
rand ; c'est peut-être par les Saint- Jean d'Angély. » 



XXXVII 

Le général D*** parlait avec chaleur dans un cercle 
où se trouvait M. de Talleyrand de diverses personnes 
qu'il qualifiait de pékins. 

« S'il vous plaît, général, lui dit le prince, qu'appe- 
lez-vous pékins ? 

— Nous autres, répondit le général, nous appelons 
pékin tout ce qui n'est pas militaire. 

— Ah! fort bien! reprit M. de Talleyrand; tout 
comme nous, nous appelons militaire tout ce qui n'est 
pa^ civil. » 



36 



XXXVIII 

On s'étonnait devant M. de Talleyrand de l'audace 
avec laquelle un petit voleur en guenilles avait osé 
se mettre une magnifique cravate qu'il venait d'esca- 
moter. 

« Parbleu! dit-il, ne voyez-vous pas que c'était 
pour cacher son coup ? » 



XXXIX 

M. de Talleyrand créa, à l'usage des généraux de 
l'Empire, l'épithète de traîneurs de sabre. 



XL 



M. de Talleyrand venait de donner un poste diplo- 
matique à un jeune homme qui lui avait été très recom- 
mandé. Le nouveau consul alla le remercier et, pour 
mieux lui exprimer sa gratitude, lui dit : 

« Monseigneur, je vous suis d'autant plus recon- 
naissant que c'est la première fois de ma vie que j'ai de 
la chance... 



37 



A ces mots, M. de Talleyrand fit un geste : 
« Vraiment, dit-il, vous n'êtes pas lieureux? 

— Oh ! non, monseigneur, répondit l'autre, je ne 
l'ai jamais été. 

— Alors, tant pis, monsieur, tant pis, il n'y a rien 
de fait. En politique, voyez-vous, il faut être heureux. » 

Et il le renvoya impitoyablement. 



XLI 



M. de Talleyrand disait des parvenus : « On voit 
qu'il n'y a pas longtemps qu'ils marchent sur des par- 
quets. » 



XLII 



Lorsque M. de Talleyrand fut nommé prince de 
Bénévent, il répondait à ceux qui le félicitaient : 

« Passez chez madame de Talleyrand; les femmes 
sont toujours charmées d'être princesses. » 



38 



XLIII 

Le baron de Gagern rapportait qu'étant à Varsovie 
et passant des matinées entières auprès de M. de Talley- 
rand, qui venait d'être créé prince de Bénévent, une 
des premières choses qu'exigea M. de Talleyrand fut 
que son interlocuteur ne l'appelât plus Votre Altesse, 
mais simplement M. de Talleyrand, et sur ce mot d'Al- 
tesse, il lui arriva de dire : « Je suis moins, et peut-être 
plus. » 



XLIV 

Une dame, nommée à une charge de cour, devait 
prêter serment entre les mains du prince de Bénévent, 
grand-chambellan de Sa Majesté. Elle se rendit chez 
lui dans une parure fort élégante, mais un peu leste, 
et qui convenait plutôt pour un bal que pour une 
audience. Le prince, qui avait tout remarqué, lui dit 
en souriant : 

« Voici, madame, une jupe bien courte pour un 
serment de fidélité. » 



39 



XLV 

Napoléon voulant appeler près de sa personne 
M. d'Aligre, ancien membre du Parlement et alors 
chambellan de Madame Murât, grande duchesse de 
Berg, celui-ci préféra garder son poste. 

M. de Talleyrand calma le mécontentement impé- 
rial, en disant : « Ce que fait d'Aligre est tout simple ; 
ancien président, son père président, son grand-père 
président, il faut bien qu'il soit le chambellan d'une 
femme... Il a à soutenir l'honneur de la robe. » 



XLVI 

<^ Ah ben, ma foi, disait à M. de Talleyrand, après 
un repas diplomatique, la maréchale Lefebvre; vous 
nous avez fait faire là un fier fricot ! Cela a dû vous 
coûter gros. 

— Laissez donc, madame la maréchale, reprit 
M. de Talleyrand, ça n'est pas le Pérou. » 



40 



XLVII 

Un jour, M. de Talleyrand rencontra dans un salon, 
des Tuileries un chambellan d'une princesse impériale, 
ancien duc et pair. 

« Félicitez-moi, Monseigneur, dit celui-ci au grand- 
chambellan ; l'empereur vient de me nommer comte... 

— Comment donc, repartit M. de Talleyrand, je 
vous félicite bien sincèrement, d'autant plus qu'il faut 
espérer qu'à la première promotion vous serez baron. » 



XLVIII 

L'empereur tenait à l'estime du faubourg Saint- 
Germain. 

Après la victoire d'Austerlitz, s'adressant à M. de 
Narbonne, un de ses aides-de-camp, dont la mère était 
connue pour son antipathie contre l'empereur, il lui dit: 
« Eh bien ! votre mère commence-t-elle à m'aimer 
enfin ? » 

M. de Talleyrand, voyant que M. de Narbonne 
hésitait à répondre, prit la parole et dit à Napoléon : 
« Sire, madame de Narbonne n'en est encore qu'à l'ad- 
miration. » 



41 



XLIX 

Un jeune auditeur au Conseil d'Etat, admis 
chez M. de Talleyrand, parlait de sa sincérité et de sa 
franchise. 

« Vous êtes jeune, lui dit M. de Talleyrand ; appre- 
nez que la parole a été donnée à l'homme pour dissi- 
muler sa pensée. » 



« Il est heureux pour madame D***, disait M. de 
Talleyrand, qu'elle n'ait pas de dents, car sans cela elle 
serait aussi laide que madame L***. » 



42 



LI 



Dans une scène terrible à laquelle assistait le géné- 
ral Bertrand, Napoléon, lançant à M. de Talleyrand 
les plus sanglants reproches, termina par cette explo- 
sion : « Tenez, monsieur, vous n'êtes que de la merde 
dans un bas de soie. » 

M. de Talleyrand ne broncha point ; en sortant, 
il dit à mi-voix à son voisin le plus proche : « Quel 
dommage qu'un si grand homme soit si mal élevé. » 



LU 



M. de Talleyrand menait grand train. Un jour qu'il 
trouvait apparemment que sa maison se relâchait, il 
dit à sa nièce, la duchesse de Dino : « Gâche-t-on ici ? 

— Mais oui, répondit la duchesse, prenant l'ob- 
servation pour un reproche. 

— Pas assez, qu'on gâche davantage! » 



43 



LUI 



« Que pense-t-on de moi dans les cours du Nord? 
demandait Napoléon à M. de Talleyrand, au retour 
d'une mission. 

— Sire, les uns disent que vous êtes un dieu, les 
autres, un diable... mais personne ne vous Œoit un 
homme. » 



LIV 



Le comte Louis de Narbonne, un de ceux que 
M. de Talleyrand aima le mieux, s'il aima quelqu'un, se 
promenait avec lui en récitant des vers de sa façon. 

M. de Talleyrand aperçut un promeneur qui 
bâillait : 

« Regarde donc, Narbonne, dit-il à son ami, tu 
parles toujours trop haut. » 



44 



LV 



« Monseigneur, disait un solliciteur à M. de Talley- 
rand, votre Excellence a bien voulu me promettre de 
faire quelque chose pour moi ; telle place est vacante. 

— Vacante ! reprit le ministre, très bien ! que 
voulez-vous que j'y fasse ?... Apprenez-donc que quand 
une place est vacante, elle est déjà donnée. » 



LVI 



Fouché était fort laid. Entrant un jour au Conseil, 
il se plaignit de la maladresse de son cocher, qui lui 
avait envoyé un coup de fouet dans la figure. 

« C'est bien désagréable, lui dit M. de Talleyrand, 
il suffit qu'on ait mal quelque part pour qu'on vous 
y attrape. » 



45 



LVII 

Lorsque M. Maret fut fait duc de Bassano, M. de 
Talleyrand dit : « Je ne connais qu'un homme plus bête 
que M. Maret, c'est le duc de Bassano. » 



LVIII 

Un officier, qui avait le débit difficile et entre- 
coupé, racontait à table un de ses exploits. En franchis- 
sant un fossé, il était tombé, avec son cheval, dans un 
trou plein de boue et de purin. L'officier racontait qu'il 
s'empêtrait, s'embourbait... « J'en avais, dit-il, jusque., 
jusque... 

— Jusqu'aux dents!» fit M. de Talleyrand en le 
coupant. 



LIX 



M. de Talleyrand avait coutume de dire que l'esprit, 
qui sert à tout, ne suffit à rien. 



46 



LX 



« Moi, disait en 1809 M. de Talleyrand à quelques 
amis, moi qui eus toute ma vie une grande prédilection 
pour les formes rondes, l'empereur finira par m'en 
dégoûter. 

— Et pourquoi donc. Monseigneur? demanda 
M. de Montrond. 

— A cause des boulets de canons. » 



LXI 



Aux Tuileries, au retour de la guerre d'Espagne, 
l'empereur dit à M. de Talleyrand : « Je ne sais ce qui 
me retient de vous faire pendre ! » Puis : « Le duc 
de San Carlo est l'amant de votre femme ; vous ne me 
l'aviez pas dit ! 

— Je ne pensais pas. Sire, qu'une confidence de 
cette nature pût intéresser la gloire de Votre Majesté, 
ni la mienne. » 



47 



LXII 

M. de Talleyrand prétendait qu' « en politique, 
on ne meurt que pour ressusciter. » 



LXIII 

Quand on apprit aux Tuileries les désastres de la 
grande armée en Russie : « Voyez comme on exagère, 
dit M. de Talleyrand ; on disait que tout le matériel 
était perdu, et M. Maret vient de revenir. » 



LXIV 



C'est à cette époque qu'il dit aussi : « C'est le 
commencement de la fin. » 



48 



LXV 

L'empereur, irrité de l'ingratitude, du moins appa- 
rente, du prince de Bénévent, l'apostropha un jour 
avec colère. En terminant, il lui dit : « Vous pensez que, 
si je venais à mourir, vous seriez chef d'un Conseil de 
régence... Mais rappelez-vous bien ceci : Si je tombais 
dangereusement malade, vous seriez mort avant moi ! . 

— Sire, reprit M. de Talleyrand sans se déconcerter, 
je n'avais pas besoin de cet avertissement pour adresser 
au ciel des vœux bien ardents pour la conservation des 
jours de Votre Majesté. » 



LXVI 

M. de Talleyrand disait : « Je connais quelqu'un 
qui a plus d'esprit que Napoléon, que Voltaire, que 
tous les ministres passés, présents, futurs : c'est l'Opi- 
nion. » 



49 



LXVII 

En apprenant avec quelle facilité les armées alliées 
étaient entrées en Suisse en 1814, malgré le cordon de 
troupes que le gouvernement fédéral avait établi sur 
la frontière, M. de Talleyrand s'écria : « Parbleu ! ce 
n'est pas étonnant ; l'empereur Alexandre a crié : le 
cordon, s'il vous plaît ! et ces braves Suisses l'ont laissé 
passer. » 



LXVIII 

Ce qui, en 1814, décida la marche des alliés sur 
Paris, fut le billet suivant de M. de Talleyrand, qui 
leur arriva près de Troyes : 

« Vous tâtonnez comme des enfants, quand vous 
devriez marcher sur des échasses. Vous pouvez tout 
ce que vous voulez. Veuillez tout ce que vous pouvez. 
Vous connaissez ce signe, ayez confiance en celui qui 
vous le remettra. » 

Cette lettre fut montrée par M. de Nesselrode à 
Madame de Boigne, peu après l'entrée des alliés dans 
Paris. 



50 



LXIX 

En 1814, quand les alliés furent à Paris, et que 
l'on s'agita pour savoir qui aurait la couronne, M. de 
Talleyrand dit : « Les Bourbons sont un principe, le 
reste est une intrigue. » 



LXX 

Lorsque les alliés entrèrent dans Paris, la première 
conférence eut lieu chez M. de Talleyrand. L'Empereur 
Alexandre commença par ces mots : 

« Hé bien ! nous voilà dans ce fameux Paris ! C'est 
vous qui nous y avez amené, Monsieur de Talleyrand. 
Maintenant, il y a trois partis à prendre : traiter avec 
Napoléon, établir la Régence ou rappeler les Bour- 
bons. 

— L'Empereur se trompe, répondit M. de Talley- 
rand, il n'y a pas trois partis à prendre, il n'y en a 
qu'un à suivre, et c'est le dernier qu'il a indiqué. Tout 
puissant qu'il est, il ne l'est pas assez pour chois|ir. 
Car, s'il hésitait, la France, qui attend ce salaire des 
chagrins et des humiliations qu'elle dévore en ce 
moment, se soulèverait en masse contre l'invasion. Et 
Votre Majesté Impériale n'ignore pas que les plus 
belles armées du monde se fondent devant la colère 
des peuples. 



51 



— Hé bien ! reprit l'Empereur, voyons donc ce 
qu'il y a à faire pour atteindre votre but; mais je ne 
veux rien imposer, je ne veux que céder aux vœux 
exprimés du pays. 

— Sans doute, Sire, il ne faut que les mettre dans 
la possibilité de se faire entendre. » 

Quiconque sait comment se crée un mouvement 
d'opinion, ou du moins l'apparence de l'un de ces 
mouvements, comprendra comment on peut dire que 
la Restauration a été faite par M. de Talleyrand. 



LXXI 

Alexandre II ayant demandé à Louis XVIII d'oc- 
troyer une constitution quelconque aux Français, le 
roi fit appeler M. de Talleyrand. 

« Eh bien ! dit Sa Majesté au diplomate, que 
devons-nous faire de la Constitution du Sénat ? 

— Hélas! Sire, pas grand chose de bon, je pense. 

— Mais encore. 

— Ce qu'une haute sagesse inspirera à Votre 
Majesté. 

— Et du passé, qu'en ferons-nous? 

— Il faudra tâcher de l'oublier, Sire. 

— Vous êtes donc pour une nouvelle Constitution ? 



52 



— Je suis Français, et à ce titre, je crois qu'il 
nous faut du nouveau, n'en fût-il plus au monde, 

— Mais les anciens auront ceci en horreur? 

— Le roi, dont le droit remonte si haut, règne 
d'aujourd'hui. 

— Depuis dix-neuf ans, Monsieur. 

— Depuis l'an de grâce 987, si Votre Majesté le 
préfère. » 

Après ce préambule à bâtons rompus, Louis XVIII 
fit connaître à M. de Talleyrand les principaux articles 
de sa charte. 

Le roi en était au chapitre du Corps législatif, 
lorsque M. de Talleyrand l'interrompit : « Si j'osais, 
dit-il, parler avec franchise à Votre Majesté, je me 
permettrais quelques observations sur une lacune. 

— Laquelle? parlez. 

— Sire, il n'y a point de traitement fixe pour les 
membres de la Chambre des députés. 

— Mais j'entends que leurs fonctions soient gra- 
tuites, elles n'en seront que plus honorables. 

— Oui, Sire ; mais... gratuites... cela sera bien cher ! » 
L'entretien ayant pris ensuite une nuance plus 

intime, le roi remercia M. de Talleyrand des services 
qu'il lui avait rendus. « Votre influence, ajouta-t-il, a 
été prodigieuse ; car, enfin, il fallait plus qu'une habi- 
leté ordinaire pour abattre le Directoire, et tout récem- 
ment la puissance colossale de Bonaparte. 

— Mon Dieu, Sire, je n'ai rien fait pour cela; seule- 
ment il y a en moi quelque chose d'inexplicable qui 
porte malheur aux gouvernements qui me négligent. » 



53 



LXXII 

Chargé de présenter à la Chambre des pairs le 
budget de 1814, M. de Talleyrand glissa dans son dis- 
cours la remarque suivante : « Il faut convenir que le 
gouvernement a bien peu usé en France de cette 
puissance que donne la fidélité à ses engagements. » 



LXXIII 

M. de Talleyrand n'aimait pas M. de Blacas : «Je 
ne connais pas, disait-il, de plus habile financier que 
lui : vous verrez qu'en moins d'une année il aura trouvé 
le moyen d'économiser huit millions sur ses appointe- 
ments de deux cent mille francs. » 



LXXIV 

Un jour que Louis XVIII parlait de Beugnot pour 
le ministère de la marine, M. de Talleyrand lui dit : 
« Vraiment, je ne sais ce que le long Beugnot pourrait 
faire à la marine, à moins qu'il n'y fût employé en 
qualité de mât d'artimon. » 



54 



LXXV 

On commentait avec force, en 1814, les effets de 
la conduite du maréchal Marmont qui avait pris, sui- 
vant l'expression que l'on employa alors, l'initiative 
de la défection. 

«Oh! mon Dieu, dit M. de Talleyrand, cela ne 
prouve qu'une chose... c'est que sa montre avançait, 
car tout le monde était à l'heure. » 



LXXVI 

M. de Talleyrand, rencontrant le général Lamarque, 
un jour que celui-ci avait écrit aux journaux pour 
quelque explication de sa conduite, l'apostropha 
froidement par ces mots : « Général, je vous croyais 
de l'esprit. » 



LXXVII 



« Pour faire un bon secrétaire d'Etat à Rome, disait 
M. de Talleyrand, il faut prendre un mauvais cardinal. » 



55 



LXXVIII 

On parlait devant M. de Talleyrand de la Chambre 
des Pairs dont il discutait beaucoup l'utilité. 

« Mais enfin, lui dit-on, vous y trouverez des 
consciences. 

— Ah ! oui, beaucoup, beaucoup de consciences, 
répliqua-t-il ; Sémonville, par exemple, en a deux. » 



LXXIX 

Dans la curée de dignités et d'emplois qui eut lieu 
en 1814, l'abbé de Pradt, ex-archevêque de Malines, 
fut nommé grand-chancelier de la Légion d'Honneur. 

Louis XVIII s'accusant un jour de ce singulier 
choix devant M. de Talleyrand, celui-ci lui répondit ; 

« Mais, Sire, il voulait quelque chose. 

— Eh bien! dit en riant le roi, il fallait lui offrir 
le bâton de maréchal de France. 

— Dieu nous en eût gardé. Sire! il l'eût accepté.» 



56 



LXXX 

Lorsque Sémonville engraissa, M. de Talleyrand, 
pensif, disait : « Je voudrais bien savoir quel intérêt 
a donc Sémonville à engraisser ! » 



LXXXI 

En 1815, M. de Talleyrand était tellement pré- 
occupé par le traité, qu'il se montrait presque indifférent 
à tous les détails et aux épisodes violents de l'occu- 
pation de Paris, se contentant de dire : « Laissez les 
alliés se déshonorer. » 



LXXXII 

M. de Talleyrand disait de Koreff, médecin prus- 
sien venu en 1815 et causeur inépuisable : « Ce diable 
de Koreff ; c'est un puits de science : il sait tout, même 
un peu de médecine. » 



LXXXIII 

Lorsqu'on venait, en 1815, se plaindre à M. de 
Talleyrand du pillage des musées publics, le prince 
se bornait à dire : « Ce n'est pas une affaire. » 



57 



LXXXIV 

Canova, devenu marquis autrichien, avait été nom- 
mé, en 1815, commissaire préposé à l'enlèvement et 
à l'expédition en Italie des chefs-d'œuvre de nos musées. 

Il prenait dans ces fonctions le titre d'ambassa- 
deur. 

« Il se trompe, dit M. de Talleyrand ; il veut dire 
emballeur. » 



LXXXV 

Un solliciteur recourant, vers la fin de 1815, à la 
protection de M. de Talleyrand pour obtenir un emploi, 
faisait valoir ses titres, en disant : 

« J'ai été à Gand. 

— En êtes-vous bien sûr? 

— Comment? 

— Oui, dites-moi franchement, y avez-vous été ou 
n'avez-vous fait qu'en revenir ? car j'y étais à Gand, 
moi... Nous y étions sept ou huit cents au plus, et, à 
ma connaissance, il en est revenu plus de cinquante 
mille. » 



58 



LXXXVI 

C'est M. de Talleyrand qui disait des émigrés ce 
mot devenu célèbre : « Depuis trente ans ils ont tout 
j oublié et ils n'ont rien appris ! » 

Il les appelait aussi les étrangers de l'intérieur. 



LXXXVII 



« Savez-vous pourquoi j'aime assez Montrond ? 
dit un jour M. de Talleyrand; c'est parce qu'il n'a 
pas beaucoup de préjugés. 

— Savez-vous pourquoi j'aime tant M. de Talley- 
rand ? riposta M. de Montrond ; c'est qu'il n'en a pas 
du tout. » 



LXXXVIII 

M. de Talleyrand avait pour maîtresse la duchesse 
de Dino, qui était également sa nièce. Ils se brouillèrent. 

La duchesse, pour se consoler, se jeta dans les 
bras d'un jeune homme qui, par malheur, ne lui offrit 
pas que des consolations. 



59 



Désolée, elle revint à M. de Talleyrand, qui eut 
assez rapidement des preuves cuisantes de ce que la 
duchesse avait pensé devoir faire pour l'oublier. 

« Je crois, dit-il, que nous nous sommes récon- 
ciliés un peu trop tôt. » 



LXXXIX 

On attaquait devant M. de Talleyrand la duchesse 
de Dino. Il se taisait. 

Tout d'un coup, il pensa devoir prendre sa 
défense : 

« Il y a, dit-il, des vices qu'elle n'a pas. » 



XC 



Un jour, quelqu'un demandait à M. de Talleyrand 
l'adresse de la princesse de Vaudémont. 

« Rue Saint-Lazare », répondit-il. 

Puis, le numéro de l'hôtel lui échappant: 

« Au surplus, ajouta-t-il, vous n'aurez qu'à deman- 
der au premier pauvre que vous rencontrerez; ils 
connaissent tous sa demeure. » 



60 



XCI 



M. de Talleyrand aimait le jeu : 
« Le jeu, disait-il, occupe sans préoccuper et dis- 
pense de toute conversation trop vive. » 



XCII 

Un spéculateur lui demandant s'il était vrai que le 
roi d'Angleterre fût mort, M. de Talleyrand répondit: 
« Les uns disent que le roi d'Angleterre est mort, les 
autres disent qu'il n'est pas mort. Pour moi, je vous 
le dis en confidence — surtout ne me trahissez pas! 
— je ne crois ni les uns, ni les autres. » 



XCIII 



Louis XVIII, qui, même après la sécularisation 
prononcée par le pape, persistait malignement à voir 
un évêque dans M. de Talleyrand, l'avait obligé à 
renvoyer sa femme en Angleterre, ce qui ne l'avait 
pas affligé profondément. 



61 



Un jour, à table, Louis XVIII dit à son grand 
chambellan, debout derrière lui : « Eh bien, duc, 
madame de Talleyrand est donc revenue? 

— Mon Dieu! oui, sire, repartit M. de Talleyrand; 
j'ai eu mon 20 mars. » 



XCIV 

Le roi Louis XVIII voulant l'exiler dans ses terres, 
demanda à M. de Talleyrand combien il y avait de 
lieues de Paris à Valençay. 

Sans broncher, M. de Talleyrand répondit : « Sire, 
il y a quatorze lieues de plus que de Paris à Gand. » 



xcv 



Lorsque M. de Talleyrand apprit que M. Jacquinot, 
conseiller à la Cour royale, venait d'ajouter à son nom 
celui de sa femme, née Godard, il dit à ceux qui 
l'entouraient: « Comment peut-on, lorsqu'on a le 
bonheur de s'appeler Jacquinot, joindre à ce nom celui 
de Godard! » 



62 



XCVI 

« Qu'un homme d'esprit ait des doutes sur sa 
maîtresse, disait M. de Talleyrand, cela se conçoit! 
Mais sur sa femme? Il faut être bien bête! » 



XCVII 

M. de Talleyrand, au moment où il était le plus 
mal vu à la Cour, disait parfois, lorsqu'il recevait, le 
soir: « C'est pourtant dans ce salon que la Restau- 
ration s'est faite. » 



XCVIII 

M. de Talleyrand était décoré de plus d'ordres 
qu'une poitrine humaine, si large soit-elle, n'en pour- 
rait porter. Un prince d'Allemagne le nomma com- 
mandeur de je ne sais quelle chevalerie de sa façon. 
Quand l'ex-évêque reçut la croix du nouvel ordre, 
Montrond lui dit : 



63 



« Mais, monseigneur, vous n'avez plus de place 
sur la poitrine pour celle-ci. 

— Eh bien ! répondit M. de Talleyrand, je la por- 
terai sur les épaules. » 



XCIX 

Sous la Restauration, un préfet de police, informé 
que la pendule du foyer de l'Opéra servait, pendant 
les bals masqués, d'indicateur aux rendez-vous galants, 
envoya, par un beau zèle pour les mœurs, une esta- 
fette au directeur de l'Opéra pour lui donner l'ordre 
d'arrêter le balancier de l'immorale pendule. Ce qui 
fut aussitôt fait. 

On raconta la chose devant M. de Talleyrand, 
qui répondit: « C'est, en vérité, pousser bien loin la 
manie des arrestations. » 



C 



Le 21 janvier 1827, anniversaire de la mort de 
Louis XVI, au moment où M. de Talleyrand entrait 
dans la cathédrale de Saint-Denis, le marquis de 
Maubreuil lui donna un soufflet retentissant. 

M. de Talleyrand se contenta de dire: « Ouf! quel 
soufflet! » 



64 



CI 



M. de Talleyrand dit un jour à un ami qui lui 
parlait morale: « La société est partagée en deux 
classes: les tondeurs et les tondus. Il faut toujours 
être avec les premiers contre les seconds. » 



Cil 



M. de Talleyrand, parlant de l'époque qui avait 
précédé 1789, disait: « Tout le monde s'empressait 
de jeter de l'esprit, personne ne songeait à en 
ramasser. » 



cm 



Une femme louche demandait à M. de Talleyrand 
comment allaient les affaires. 

« Comme vous voyez, madame. » 



65 



CIV 



Un ancien émigré, parlant de l'époque de l'Em- 
pire devant M. de Talleyrand, en critiquait tous les 
actes; il ne trouvait de bien que la Restauration. 

« C'est juste, dit M. de Talleyrand ; sous l'Empire, 
on était fort en retard : on ne faisait que des merveilles ; 
tandis qu'actuellement on fait des miracles. » 



CV 



M. de Talleyrand entrant un jour à la Chambre 
des Pairs et rencontrant quelques-uns de ses contem- 
porains de l'Assemblée constituante, comme lui des 
premiers à la séance, s'écria: « C'est nous qui sommes 
encore les jeunes aujourd'hui! » 



CVI 



On demandait à M. de Talleyrand ce qui s'était 
passé dans une séance où la discussion s'était établie 
entre M. d'Hermopolis et M. Pasquier. 

« Le ministre des affaires ecclésiastiques, répondit 
M. de Talleyrand, a été comme le trois pour cent, 
toujours au-dessous du pair. » 



66 



CVII 

« L'abus des serments, dit Rivarol, est un constant 
aveu de l'insuffisance des promesses. » 

M. de Talleyrand a dit depuis qu'un serment n'était 
autre chose qu'une contre-marque pour rentrer au 
spectacle. 



CVIII 



Un ami de M. de Talleyrand lui racontait qu'il 
venait d'avoir une altercation avec Madame de Genlis, 
qui l'avait comblé de sottises: 

« Qu'avez-vous fait? demanda l'ex-évêque d'Autun. 

— Je lui ai répondu. 

— Vous avez eu tort. Il y a deux sortes de per- 
sonnes dont on peut recevoir un soufflet sans jamais 
se fâcher : les femmes et les évêques. » 



67 



CIX 



A l'époque du procès Fualdès, dont le drame se 
passa à Rodez, dans une maison de débauche tenue 
par une femme nommée Bancal, Madame de L***, 
croyant mortifier M. de Talleyrand par un mauvais 
jeu de mots sur son infirmité (on sait qu'il était boiteux), 
lui dit en entrant dans son salon : 

« Mon Dieu ! monsieur, croiriez-vous bien qu'on 
vient d'écrire sur votre porte : Maison Bancal! 

— Que voulez-vous, madame, reprit M. de Tal- 
leyrand, le monde est si méchant!... On vous aura 
vue entrer. » 



ex 



M. de Talleyrand se complaisait à rappeler les 
souvenirs de ses rapports avec l'Empereur, et sem- 
blait trouver du bonheur à dire quelle était l'aménité 
et la douceur de Napoléon. 

« Vous pouvez bien, lui dit Madame de Montrond, 
faire son éloge; vous lui avez fait assez de mal. » 



68 



CXI 



M. de Talleyrand adressant un jour la parole à 
Louis XVIII, lui dit: « Sire, je suis vieux. » 

C'était, dit Paul-Louis Courier, une manière de 
lui dire: « Sire, vous êtes vieux », car ils avaient le 
même âge. 



CXII 



Quand on annonça à M. de Talleyrand la mort 
de Napoléon : «C'est une nouvelle, dit-il; ce n'est plus 
un événement. » 



CXIII 

M. de Talleyrand disait de M. de Chateaubriand: 
« Il se croit sourd depuis qu'il n'entend plus parler 
de sa gloire. » 



69 



CXIV 

Le 29 juillet 1830, vers midi, la garde royale, aban- 
donnant le Louvre et les Tuileries, remontait la rue 
de Rivoli. Lorsque la tête de cette colonne fugitive 
parvint vis-à-vis de l'hôtel de l'Infantado, où le trône 
de France avait été livré, en 1814, à la famille qui le 
reperdait maintenant, le vieillard habitant cet hôtel 
s'avança vers une pendule, et, désignant du doigt 
l'heure qu'elle marquait, dit à quelqu'un : « Monsieur, 
mettez en note que le 29 juillet 1830, à midi cinq 
minutes, la branche aînée des Bourbons a cessé de 
régner en France, » 



cxv 



Louis-Philippe contait à Victor Hugo que M. de 
Talleyrand lui avait dit un jour : « Vous ne ferez jamais 
rien de Thiers, qui serait pourtant un excellent instru- 
ment. Mais c'est un de ces hommes dont on ne peut 
se servir qu'à la condition de les satisfaire. Or, il ne 
sera jamais satisfait. Le malheur, pour lui comme pour 
vous, c'est que de notre temps il ne puisse plus être 
cardinal. » 



70 



CXVI 

Brillât-Savarin, dans sa Physiologie du goût, indique 
M. de Talleyrand, « le premier de nos diplomates, à 
qui nous devons tant de mots fins, spirituels, pro- 
fonds », comme l'introducteur en France de ces deux 
usages : 1° servir du parmesan avec le potage, 2° offrir 
après le potage un verre de madère sec. 



CXVII 

A Londres, M. de Talleyrand se voyait pressé de 
questions par un lord, au sortir d'une conférence: 

« Mais, enfin, que s'est-il passé? 

— Pas moins de trois heures, mylord», répondit 
M. de Talleyrand, 



CXVIII 

On causait de M. Thiers devant M. de Talleyrand; 
quelqu'un prononça le mot de parvenu. 

« Vous avez tort, dit M. de Talleyrand; il n'est 
point parvenu, il est arrivé. » 



71 



CXIX 



« Quelle est, demandait-on à M. de Talleyrand, 
votre opinion sur le règne de Louis-Philippe? 

— Moi, j'ai une opinion le matin, j'en ai une autre 
l'après-midi... mais le soir... oh! le soir, je n'en ai 
plus du tout. » 



cxx 



« Dans le zèle, il entre toujours les trois quarts 
de bêtise », disait M. de Talleyrand. 



CXXI 

Madame de Dino, qui voulait convertir M. de 
Talleyrand, lui dit, un jour de grande représentation 
où ils avaient assisté in fiochi à la messe : 

« Cela doit vous faire un effet singulier d'entendre 
la messe. 

— Non, pourquoi? 

— Mais, je ne sais, il me semble... — et elle com- 
mençait à s'embarrasser — il me semble que vous 



72 



ne devez pas vous y sentir tout à fait comme un 
autre. 

— Moi? si fait, tout à fait; et pourquoi pas? 

— Mais enfin, vous avez fait des prêtres. 

— Pas beaucoup », dit M. de Talleyrand sur le 
même ton calme. 

Cependant, il ne faut pas croire pour cela que 
M. de Talleyrand se soit laissé berner dans l'histoire 
de sa conversion. 

Tout montre, au contraire, qu'il agit comme il lui 
plut, attendant le dernier moment pour signer un 
papier que Rome n'eût point accepté, dans lequel il 
s'excusait seulement d'avoir signé la constitution civile 
du clergé, passant sur son mariage et tout le scandale 
de son existence, en vrai gentilhomme qu'il était, qui 
consent à traiter avec un Pape, mais non à s'abaisser 
devant lui. 

Ce qui le prouve est la lenteur qu'il mit à terminer 
cette affaire, disant avec sang-froid, la veille de sa 
mort, à sa nièce qui venait lui demander cette signa- 
ture tant escomptée par la famille : « Je signerai à 
quatre heures du matin. » Et encore : « Je n'ai jamais 
rien su faire vite et pourtant je suis toujours arrivé à 
temps. » Parole qui était peut-être de la plus piquante 
ironie. 



73 



CXXII 

Pauline de Talleyrand préparait sa première com- 
munion, et parlait souvent à son oncle de son confes- 
seur, l'abbé Dupanloup. 

Un jour, où la conversation était sur lui, M. de 
Talleyrand dit : « Madame de Dino, il faut prier l'abbé 
Dupanloup à dîner. » Madame de Dino s'empressa 
d'obéir; l'abbé vint. Le hasard fit qu'il tomba sur un 
dîner où la société était légère et le langage mondain. 

Quelques jours après, il reçut une nouvelle invi- 
tation, qu'il refusa. En l'apprenant, M. de Talleyrand 
dit : « Vous me l'aviez donné pour un homme d'esprit. 
C'est donc un sot que cet abbé... Cela ne comprend 
donc pas! » 



CXXIII 

Le 10 mars 1838, M. de Talleyrand prononça à 
l'Académie, l'éloge de Reinhard. Quelque temps avant 
la cérémonie, on était effrayé, dans son intérieur, de 
la fatigue que lui préparait cette séance solennelle; 
et après avoir employé tous les moyens de l'en dis- 
suader, on eut recours à Cruveilhier, son médecin, 
qui alla jusqu'à lui dire qu'il ne répondait pas des 
suites. 

« Et qui vous demande d'en répondre? » reprit 
M. de Talleyrand, avec sa parole lente et flegmatique. 



74 



CXXIV 

La duchesse de Dino étant tombée malade à la 
campagne, demanda à recevoir les sacrements. M. de 
Talleyrand, la croyant au point le plus bas, accourut, 
et parut étonné de la trouver passablement. 

« Que voulez-vous, dit la duchesse, c'est d'un bon 
effet pour les gens. » 

M. de Talleyrand, après un moment de réflexion, 
reprit : 

« Il est vrai qu'il n'y a pas de sentiment moins 
aristocratique que l'incrédulité. » 



cxxv 

Lorsque Louis-Philippe vint visiter M. de Talley- 
rand à son lit de mort, celui-ci dit au roi : « Sire, c'est 
un grand honneur pour ma maison. » 



CXXVI 

Monseigneur de Quélen ayant dit hautement «qu'il 
aurait donné sa vie pour la réconciliation de M. de Tal- 
leyrand avec l'Eglise », ce propos fut rapporté par 
l'abbé Dupanloup au mourant qui répondit avec ce 
ton persifleur qu'il savait si bien prendre: « Monsei- 
gneur a un bien meilleur usage à en faire. » 



75 



CXXVII 

Le 17 mai 1838, jour de la mort de M. de Talley- 
rant, sa petite nièce, qui allait faire sa première commu- 
nion, s'étant approchée de lui, il la montra à ses amis, 
en disant: « Voilà les deux extrémités de la vie: la 
première communion et moi! » 



M. DE TALLEYRAND 

ET 

SES CONTEMPORAINS 



79 



Chevrier est l'auteur de l'épigramme suivante: 

De Roquette en son temps, Talleyrand dans le nôtre 
Furent tous deux prélats d'Autun. 
Tartufe est le portrait de l'un, 
Ah! si Molière eût connu l'autre! 



Sir Henry Lytton Bulwer estimait, en 1868, que 
le programme de réformes présenté en 1789 par M. de 
Talleyrand au clergé de son diocèse, s'il avait été 
complètement réalisé, eût été pour la France le plus 
raisonnable et le plus sûr des régimes. 



80 



Un jour, à Hambourg, Al de Talleyrand entre dans 
un salon où l'on parlait précisément de lui. Il s'in- 
forme du sujet de la conversation. 

« Nous parlions, dit Rivarol, de quelqu'un que 
l'on pourrait prendre pour la justice d'Horace (1), 
si ce n'était elle qui, depuis longtemps, court après lui. » 



Mademoiselle Raucourt disait de M. de Talleyrand : 
« Si vous le questionnez, c'est une boîte de fer-blanc 
dont vous ne tirerez pas un mot; si vous ne lui 
demandez rien, bientôt vous ne saurez comment l'ar- 
rêter, ce sera une véritable commière. » 



Barras disait de M. de Talleyrand : « Il eût 
donné un parfum au fumier. » 



(1) Peile pœna claudu. 



81 



M. de Talleyrand eut fort le désir d'épouser 
Madame de Buffon, ancienne maîtresse du duc d'Or- 
léans, Philippe-Egalité. Mais celle-ci refusa, ne pouvant 
vaincre sa répugnance à devenir la femme d'un ancien 
évêque. 



Quand M. de Talleyrand fut nommé vice-grand 
électeur d'Empire, Fouché, qui s'y connaissait, dit: 
« Dans le nombre cela ne paraîtra pas, ce n'est qu'un 
vice de plus » 



L'empereur dit un jour à M. de Talleyrand : 
« Voyons, Talleyrand, la main sur la conscience, com- 
bien avez-vous gagné avec moi? » 

Une autre fois, à Mayence, il dit à un prince, 
membre de la Confédération du Rhin : « Combien Tal- 
leyrand vous a-t-il coûté? » 



82 



Le visage de M. de Talleyrand était d'une impas- 
sibilité telle qu'elle fit dire à Murât: « Si, quand cet 
homme vous parle, son derrière recevait un coup de 
pied, sa figure ne vous en dirait rien. » 



10 



Madame de Chevreuse, que l'Empereur avait 
obligée à accepter la charge de dame de l'Impératrice, 
s'arrangea, un jour où le duc de Luynes, son beau- 
père, donnait une grande soirée, pour établir la partie 
de M. de Talleyrand vis-à-vis d'un buste de Louis XVI 
placé sur une console et entouré de candélabres et 
d'une multitude de vases remplis de lis formant autel. 



11 



En 1809, l'Empereur, assis àSchônbrun au bureau 
de Marie-Thérèse, reprochait à M. de Champagny les 
lenteurs apportées dans les négociations : « Talleyrand, 
lui disait-il, avait une allure plus vive; cela m'eût 
coûté trente millions dont il aurait pris la moitié, mais 
tout serait fini depuis longtemps. » 



83 



12 



M. de Chateaubriand dit un jour, à propos de la 
manière dont M. de Talleyrand négociait les traités: 
« Quand M. de Talleyrand ne conspire pas, il trafique. » 



13 



— Vous croyez donc valoir beaucoup? disait un 
jour M. de Talleyrand à Barthez. 

— Très peu, quand je me considère, répondit 
Barthez; beaucoup quand je me compare. 



14 



Carnot disait, parlant de M. de Talleyrand : « S'il 
méprise tant les hommes, c'est qu'il s'est beaucoup 
étudié. » 



84 



15 



Napoléon, dans un jour de colère, donna de M. de 
Talleyrand cette définition : « De la merde dans un 
bas de soie », dont M. de Chateaubriand fit: « De la 
boue dans un bas de soie. » 



16 



L'empereur Alexandre, quelques jours avant l'en- 
trée de Louis XVIII à Paris, disait: « En vérité, quand 
je suis entré dans Paris, je n'avais aucune idée fixe; 
je m'en suis rapporté à M. de Talleyrand : il tenait 
les Bourbons dans une main. Napoléon dans l'autre; 
il a ouvert la main qu'il a voulu. » 



17 



Pozzo di Borgo disait de M. de Talleyrand : « Cet 
homme s'est fait grand en se rangeant toujours parmi 
les petits, et en aidant ceux qui avaient le plus besoin 
de lui. » 



85 



18 



Il aiTiva plus d'une fois à l'empereur, dans ses 
entretiens, de regretter la présence de M. de Talleyrand 
pendant les Cent-Jours. Il disait de lui: « C'est encore 
l'homme qui connaît le mieux ce siècle et le monde, 
les cabinets et les peuples. Il m'a quitté; je l'avais 
assez brusquement quitté moi-même; il s'est souvenu 
de mes adieux de 1814. » 



19 



En 1815, Monsieur se laissait dire tout haut par 
le duc de Fitz-James : « Hé bien. Monseigneur, le 
vilain boiteux va donc la danser », et approuvait du 
sourire ce langage contre un homme qui, deux fois 
en douze mois, avait remis la maison de Bourbon sur 
le trône. 



20 



Louis XVIII, qui n'aimait pas M. de Talleyrand, 
disait au duc d'Escar, son ami: « La famille Talley- 
rand ne se trompe que d'une lettre: elle n'est pas de 
Périgord, elle est du Périgord. » 



86 



21 



M. de Chateaubriand a dit de M. de Talleyrand: 
« Comme il avait reçu beaucoup de mépris, il s'en 
était imprégné, et il l'avait placé dans les deux coins 
pendants de sa bouche. » 



22 



Un jour, M. de Talleyrand accusait les députés du 
côté droit de 1815, de vouloir ramener l'ancien régime. 

On entendit M. de P., qui était présent, lui dire 
assez gaîment : « Mais. Monseigneur, nous savons tous 
qu'il est impossible de rétablir l'ancien régime. Qui 
est-ce qui pourrait refaire dç vous un évêque ? » 



23 



Le comte Rostopchine expliquait de la manière 
suivante son voyage à Paris: « J'ai été à Paris pour 
voir les deux plus grands comédiens de notre époque : 
Potier et Talleyrand. » 



87 



24 



Un jour, on annonça au prince de Condé, M. de 
Talleyrand-Périgord. 

Le prince se lève, reçoit le visiteur et reconnaît 
le prince de Bénévent. Il feint de le prendre pour son 
oncle, l'archevêque de Reims, son compagnon d'exil, 
et alors grand aumônier de la maison du Roi. « Ah! 
monsieur l'archevêque, que je suis heureux de vous 
voir! » 

Puis s'emparant de la conversation, il parle du 
passé, et, s'emportant en invectives contre la Révo- 
lution, l'Empire et tous ceux qui les avaient servis: 
« Il était fâché de le dire, ajouta-t-il, mais, de tous 
ces coquins, le plus grand était, sans contredit, le 
neveu de l'archevêque, qui, doublement apostat, comme 
gentilhomme et comme prêtre, se trouvait être un des 
principaux ministres de Bonaparte, lors de l'assassinat 
du duc d'Enghien. » 

M. de Talleyrand ne disait mot et gardait le plus 
imperturbable sang-froid. 

Enfin, il se lève pour se retirer : « Adieu, 
monseigneur l'archevêque, lui dit le prince, revenez 
me voir, mais, je vous en conjure, ne m'amenez jamais 
le drôle que vous avez le malheur d'avoir pour neveu, 
car, s'il paraissait ici, je serais obligé de le faire jeter 
par les fenêtres! » 



88 



25 



Napoléon disait à Sainte-Hélène: « Fouché était le 
Talleyrand des clubs; Talleyrand, le Fouché des 
salons. » 



26 



M. de Montrond dit un jour en parlant de M. de 
Talleyrand: « Qui ne l'aimerait, qui ne l'adorerait, ce 
cher prince, il est si vicieux! » 



27 



M. de Talleyrand étant gravement malade, chacun 
se demandait comment le diplomate s'arrangerait avec 
le clergé. 

« Soyez tranquilles, dit Louis XVIII à quelques 
personnes qui s'entretenaient sur ce sujet; M. de Tal- 
leyrand sait assez bien vivre pour savoir mourir. » 



89 



28 



Lorsque le roi obligea M. de Talleyrand à renvoyer 
sa femme en Angleterre, on fit le quatrain suivant : 

Au diable soient les mœurs! disait Chateaubriand, 
Il faut auprès de moi que ma femme revienne. 
— Je rends grâces aux mœurs, répliquait Talleyrand, 
Je puis enfin répudier la mienne. 



29 



Lord Palmerston disait que quand M. de Talley- 
rand venait le voir pour affaire, il avait presque tou- 
jours dans sa voiture M. de Montrond, afin de lui 
expédier vite ses indications utiles pour jouer et 
agioter. 



30 



Le roi Louis-Philippe alla rendre visite à M. de 
Talleyrand à son lit de mort. 

On raconte que M. de Talleyrand dit alors au roi: 
« Ah! Sire, je souffre comme un damné! 
— Déjà! » aurait reparti le roi. 
On a conté ceci pour l'abbé Terray. 



90 



31 



Quand on vint annoncer la mort de M. de Talley- 
rand au baron ***, celui-ci s'écria: « Quel intérêt 
Talleyrand a-t-il à mourir? Dans tous les cas faisons- 
nous malade. » 

Et il se mit au lit. 



32 



Après la mort de M. de Talleyrand, les légiti- 
mistes disaient: « Il est mort en bon gentilhomme. » 

Une dame de la vieille cour eut le meilleur mot: 
« Il est mort, dit-elle, en homme qui sait vivre. » 

M. de Blancmaison, qui ne l'aimait pas, disait: 
« Après avoir roulé tout le monde, il a voulu finir 
par rouler le bon Dieu. » 



33 



Comme on s'étonnait de la fortune laissée par 
M. de Talleyrand : « Rien d'étonnant, dit quelqu'un, 
il a vendu tous ceux qui l'ont acheté. » 



91 



34 



« L'argent, a dit un mémorialiste, était le Dieu de 
M. de Talleyrand, et si ce Dieu eût eu des évêques à 
son service, jamais M. de Talleyrand ne se fût fait 
relever de ses vœux. » 



MADAME DE TALLEYRAND 



95 



En mai 1802, M. de Talleyrand épousa Madame 
Grand, fille d'un capitaine du port de Pondichéry, 
qu'il avait connue à son retour de l'émigration. Elle 
était renommée pour sa beauté et sa naïveté. On ne 
compte pas les sottises qu'elle a dites. 



Tliomas Moore, le poète irlandais, lui ayant été 
présenté, et voyant qu'elle parlait très purement l'an- 
glais, lui demanda un jour quel était son pays. 

Elle répondit avec candeur : « Je suis d'Inde! » 



Un jour où elle devait recevoir à sa table Denon, 
après son voyage en Egypte, et M. de Talleyrand l'ayant 
engagé à lire le récit de ce voyage (il l'avait dans sa 
bibliothèque), Madame Grand le demanda au secrétaire. 

Pendant le dîner, elle parla au savant membre de 
l'Institut du brave « Vendredi », ajoutant qu'elle avait 
pris grand intérêt à ses aventures. Elle s'informa de 
ce qu'était devenu ce fidèle serviteur. 

Denon ne comprenait rien à ses questions, tandis 
que M. de Talleyrand ouvrait de grands yeux. 



96 



On s'expliqua enfin. Madame Grand ne se rappe- 
lant pas le titre du livre, avait demandé au secrétaire 
le récit d'un voyage en on. Le secrétaire lui avait 
apporté le voyage de Robinson Crusoé! 



Madame de Talleyrand dit un jour, en public et 
devant M. de Talleyrand, qu'Arthur Dillon était cama- 
rade de séminaire de son mari. 



Une autre fois, elle interpella M. de Talleyrand à 
travers le salon pour lui faire affirmer que l'ornement 
qu'il aimait le mieux était une croix pastorale en 
diamants dont elle était parée. 



Comme quelqu'un lui conseillait de faire ajouter 
de plus grosses pierres à des boucles d'oreilles de 
perle qu'elle avait, elle lui répondit: 

« Vous croyez donc que j'ai épousé le Pape! » 



97 



Madame de Talleyrand, comme on le sait, avait, 
au début de sa carrière, fort honnêtement vécu du 
produit de ses charmes. Cette situation de courtisane 
devenue grande dame donnait Heu parfois à des qui- 
proquos plaisants. Ainsi, celui-ci, que raconte Madame 
de Boigne : 

Du temps où elle était Madame Grand, la future 
Madame de Talleyrand jeta les yeux sur Edouard 
Dillon, oncle de Madame de Boigne, que l'on appe- 
lait alors le beau Dillon. La rupture d'une liaison ayant 
déterminé le jeune homme à un voyage dans le Levant, 
il consentit, la veille du départ, à aller souper chez 
Madame Grand au sortir de l'Opéra. Ils trouvèrent un 
appartement charmant, un couvert mis pour deux, avec 
toutes les recherches du métier que faisait Madame 
Grand. Elle avait les plus beaux cheveux du monde, 
Dillon se mit à les louanger. Elle lui assura alors qu'il 
n'en connaissait pas tout le mérite; et passant dans le 
cabinet de toilette, elle revint avec les cheveux dénoués, 
et vêtue seulement de cette parure naturelle. Le souper 
s'acheva dans ce costume aimable et simple. Le lende- 
main, Dillon partit pour l'Egypte. 

Ceci se passait en 1797. En 1814, ce même 
Dillon, retour d'émigration, accompagnait sa nièce chez 
Madame de Talleyrand. En voiture, il lui raconta la 
dernière visite qu'il avait faite à celle qu'il allait revoir 
pour la première fois depuis si longtemps. Madame 
de Boigne se réjouit fort de ce récit. 



98 



Lorsqu'ils arrivèrent rue Saint-Florentin, Madame 
de Talleyrand accueillit le beau Dillon et sa nièce 
avec la plus grande simplicité. Mais au bout de quel- 
ques minutes, elle se mit à caresser la coiffure de la 
jeune Madame de Boigne, à vanter ses cheveux, à 
calculer leur longueur, et se tournant subitement du 
côté de son oncle placé derrière sa chaise : 

«Monsieur Dillon, vous aimez les beaux cheveux! » 
Heureusement, dit Madame de Boigne, nos yeux 
ne pouvaient se rencontrer, car il nous eut été impos- 
sible de conserver notre sérieux. 



TABLE DES MATIERES 



TABLE DES MATIERES 



Dédicace 9 

Préface 13 

L'Esprit de Monsieur de Talleyrand 17 

Monsieur de Talleyrand et ses Contemporains ... 77 

Madame de Talleyrand 93 




Achevé d'imprimer 
le P" mai 1909. 



CE VOLUME EST AUS DANS LE 
COMMERCE AU PRIX DE 7 FR. 50 



LES 
BIBLIOPHILES FANTAISISTES 



Dans l'état actuel de la librairie, les éditeurs français 
se refusent à publier tout ouvrage qui n'entre pas dans 
les dimensions du volume courant à 3 fr. 50 ou qui ne 
respecte pas les conventions les plus plates et les préjugés 
à la mode. 

Or le Rouge et le Noir de Stendhal dépasse les dimen- 
sions du 3.50, le Hasard du Coin du Feu de Crébillon 
le fils les atteint difficilement, et Tribulat Bonhomet de 
Villiers de l'Isle-Adam ferait tomber en convulsions un 
très grand nombre d'éditeurs. Il semble donc que l'on 
puisse, avec quelque apparence de raison, offrir au public 
des ouvrages en dehors des séries auxquelles nous sommes 
habitués. 

En conséquence, les Bibliophiles fantaisistes se sont 
proposé, à la manière des éditeurs anglais ou américains, 
de publier des ouvrages de formats et de genres les plus 
divers. 

Nous avons eu le rare plaisir de voir notre initiative 
comprise par un certain nombre d'auteurs déjà célèbres; 
MM. Marcel et Jacques Boulenger, René Boylesve, 
François de Curel, Louis Laloy, Paul Margueritte, Nozière, 
Henri de Régnier, Laurent Tailhade, Jérôme et Jean 
Tharaud, dont nous avons publié ou publierons des 
oeuvres avant le l^r janvier 1910. 



Chacun de nos volumes est imprimé avec les carac- 
tères, le format et le papier qui nous semblent le mieux 
convenir au sujet. Nous arrivons ainsi à offrir à nos 
souscripteurs des ouvrages qui, par la manière seule dont 
ils sont présentés, constituent déjà des ouvrages de 
bibliophile. 

Ils sont toujours tirés à 500 exemplaires numérotés 
à la presse. 

Les souscripteurs s'engagent à verser une somme de 
5 francs pour chaque volume qui leur est remis par la 
poste contre remboursement. La souscription annuelle ne 
s'élève jamais au-dessus de 50 francs et la Société se 
réserve, s'il est publié plus de dix volumes par an, de les 
offrir aux membres souscripteurs. 

Les exemplaires non souscrits sont mis dans le com- 
merce à un prix variable, mais qui ne s'abaisse jamais 
au-dessous de 7 francs 50. 

Les souscriptions pour la première année courent du 
1er octobre 1908. M. Eugène Marsan, administrateur 
de la Société {\lbis, rue Poussin, Paris XVI^), est chargé 
de les recevoir. 



OUVRAGES DEJA PUBLIES 
PAR LA SOCIÉTÉ 



Marcel Boulenger : Nos Élégances. 

(15 Novembre 1908). 

Ce recueil de chroniques est tout à fait le 
contraire du volume à grand tirage : il semble avoir 
été composé pour les délicats et les lettrés, ceux que 
l'on appelait autrefois des dilettantes; et nos sottes 
gens de contemporains y trouveront la peinture de 
leurs ridicules', que l'auteur caresse au passage d'une 
main dédaigneuse, à la cavalière, pour ainsi dire. 



René Boylesve : La Poudre aux Yeux. 

(i**" Février 1909). 

Les contes que l'on trouvera dans ce volume sont 
tous sur de bonnes gens, un peu ridicules, tout à fait 
de notre pays, la France bourgeoise, que l'on aime 
et que l'on raille. Il ne faut pas demander à ces 
croquis une ampleur qu'ils n'ont pas voulu avoir; 
ils sont justes, exacts, précis, et leur auteur n'est point 
la dupe dans un jeu où il semble se plaire à laisser 
entrevoir ce qu'il pense, plutôt qu'à le proclamer à 
grand fracas de cymbales et de cuivres. 



A PARAITRE 
AVANT LE 1" OCTOBRE 1909 : 

Jacques Boulenger : Candidature au Stendhal-Club. 

François de Curel : Le Solitaire de la Lune. 

Louis Laloy : Claude Debussy. 

NoziÈRE : La Belle et la Bête. 

Henri de Régnier : Les dépenses de Madame de 
Chasans (documents sur la vie de famille au xyiii» 
siècle). 

OUVRAGES EN PRÉPARATION 
POUR L'EXERCICE 1909-1910 : 

Paul Margueritte : Nos Tréteaux. 

Laurent Tailhade : Au pays de l'Alcool et de la Foi. 

Jérôme et Jean Tharaud : La Tragédie de Ravaillac. 




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LIÈGE 
IMPRIMERIE BÉNARD 

SOCIÉTÉ ANONYAŒ 



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